HOMELIE

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Homélie – 25 mai 2025

Voici un passage des Actes des Apôtres qui sent bon la synodalité. Paul et Silas sont confrontés à un problème à régler entre les chrétiens d’origine juive et les chrétiens issus du monde païen. Ils ne décident pas seuls. Ils consultent les Apôtres et les Anciens. Le problème est que les juifs convertis veulent imposés aux chrétiens issus du monde païen des coutumes auxquels ils sont totalement étrangers et qui n’ont rien à voir avec la foi en Jésus-Christ. Notons que ceux qui ont à décider consultent eux aussi… l’Esprit Saint. « L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé…» Et ils décident de ne pas faire peser sur certains des règles inutiles, venues d’une autre époque, d’une autre culture.

Cela pourrait n’être que le récit anodin d’un évènement parmi d’autres qui ont jalonné la vie de l’Eglise naissante. Mais je crois que ce texte peut aujourd’hui interpeller tous les chrétiens que nous sommes, dans cette période où des courants divers traversent l’Eglise. Les uns aspirant à aller de l’avant en vivant leur foi en actes, dans le quotidien de leur vie, par leur engagement dans l’Eglise et dans la société, et célébrant dans l’Eucharistie l’Esprit du Christ qui les anime. Les autres cherchant à retrouver des rites du passé. (Léon XIV a réaffirmé son attachement au concile Vatican II). Des différences qui ne nous empêchent pas de faire communauté et d’être ensemble le Corps du Christ, mais qui ne sont pas toujours simples à vivre. Certains, en effet peuvent être tentés de chercher à imposer aux autres tel ou tel style de célébration, telle façon de vivre la mission plutôt que telle autre.

Alors, moi le premier, je me sens appelé à m’interroger : Est-ce que je respecte les options des autres ? Est-ce que je n’ai pas tendance à penser que seule ma façon de voir est la bonne ? Je n’ai pas forcément à abandonner les choix que j’ai fait car ils sont fondés et argumentés, mais je dois davantage tolérer les choix des autres. Je crois que si chacun fait effort en ce sens, nous pouvons marcher ensemble dans l’espérance d’une Eglise qui est appelée à être témoin de l’amour de Dieu pour l’humanité.

Cela, nous pourrons le vivre si nous gardons vivante en nous la parole du Christ, lui qui est la Parole de Dieu. Dans l’Evangile de Jean, Jésus nous dit : « Si quelqu’un m’aime il gardera ma Parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure ».

« Si quelqu’un m’aime… ». Entre Jésus et chacun de nous, entre Jésus et l’Eglise, ce n’est pas une question philosophique, politique, ou même religieuse, c’est une histoire d’amour. Comme avec nos frères et sœurs, d’ailleurs. Rappelons-nous l’Evangile de dimanche dernier où Jésus nous invitent à nous « aimer les uns les autres ». A ce sujet, notons que ce n’est pas seulement aimer les autres. C’est s’aimer les uns les autres. Il s’agit aussi de se laisser aimer par les autres. (Ce qui n’est pas toujours évident).

Mais reprenons le texte d’aujourd’hui, pour accueillir avec joie la promesse de Jésus : « Chez lui, nous nous ferons une demeure ». Réalisons-nous bien tout ce que cela veut dire ? Si nous gardons la Parole de Dieu dans notre cœur, si nous la méditons, la ruminons pour nous en nourrir, si nous la vivons au quotidien, Dieu demeure en nous… Et est-ce que je mesure bien tout le poids de cette parole vis-à-vis des autres ? Si la Parole de Dieu demeure en eux, si Dieu demeure en eux, je ne peux pas me comporter n’importe comment vis-à-vis d’eux. Je dois les respecter comme je respecte l’ostie consacrée, le tabernacle.

Et puis Jésus parle de demeure. Pas un gîte de vacances où on passe une semaine, mais une demeure, une résidence principale, où on reste. Par sa Parole, comme par son corps donné dans l’Eucharistie, Dieu vient habiter en nous. Il y a de quoi se sentir tout petit face à une telle parole. Mais pas de panique, l’Esprit Saint sera à nos côtés pour nous aider. Donc vivons dans la paix. La paix que Jésus nous donne.

Attention, ce n’est pas la paix telle que le monde la donne, nous dit Jésus.  Ce n’est pas : « fichez-moi la paix, laissez-moi tranquille ». Ce n’est pas non plus la paix militaire qu’on ne négocie pas mais que le plus fort impose en fixant des conditions incontournables pour que cessent les hostilités et les massacres.

Personnellement, la paix de Jésus, je la vois ainsi : J’ai l’habitude, lors d’une célébration d’obsèques, de souhaiter à la famille que Dieu leur donne sa paix, pas une paix qui gommerait tout, qui permettrait d’oublier, mais une paix qui est une force pour surmonter l’épreuve, pour vivre dans l’espérance malgré les difficultés rencontrées sur le chemin.

Frères et sœurs, soyons dans la joie. Jésus n’est plus devant nous comme il l’était devant ses apôtres, mais il est en nous. Ayons le souci de le rencontrer au fil de nos journées, de dialoguer avec lui au plus profond de nos cœurs, de nous nourrir de sa parole. Alors, nos frères et sœurs non-croyants, voyant nos actes et entendant nos paroles, pourront peut-être se dire : « Quel est cet Esprit qui les anime ? »

(Dominique)